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L’employé de la Brink’s avait inventé son braquage

LE PARISIEN

L'employé de la Brink's avait inventé son braquage

« Nous sommes déjà assez occupés avec les vrais braquages. » Me Martine Bouccara défend les intérêts de la Brink’s, le convoyeur de fonds, depuis des années. Hier en face d’elle au tribunal d’Évry, sur le banc des prévenus, point de braqueurs mais Julien, 33 ans, employé de la société au moment des faits en 2008.

Nous sommes déjà assez occupés avec les vrais braquages.
Me Martine Bouccara

Cet homme au physique à la Gérard Jugnot a comparu pour avoir inventé son propre braquage, avec ses complices, deux frères, Adil et Youssef pour faire disparaître l’argent qu’il transporte. Il a été condamné hier soir à 18 mois de prison dont 13 avec sursis. Youssef écope de deux ans de prison ferme, comme son frère absent à l’audience et recherché par la police.

Tout commence un soir d’avril 2008. Les policiers reçoivent un appel apeuré de Julien. Alors qu’il recharge les distributeurs de l’agence Banque Populaire de Saint-Michel-sur-Orge, un homme surgit par surprise, le menace d’une arme et s’enfuit avec 124200 €. L’enquête démarre. Très vite, la Brink’s constate que des protocoles de sécurité n’ont pas été respectés. Julien n’a, par exemple, pas tapé le code prévu pour donner l’alerte. La vidéosurveillance de la banque finit d’éveiller les soupçons des enquêteurs. On y voit Julien tenir la porte d’entrée à son « braqueur », tranquille, un sac de sport à la main…

Il croule sous les dettes de jeu

Le pseudo-malfaiteur, Adil, bien connu du commissariat de Brétigny, est vite soupçonné. L’affaire en reste là, momentanément. Quelques mois plus tard, Youssef, le frère d’Adil, accoste un autre employé de la Brink’s qui contrairement à Julien, se rend illico au commissariat pour le dénoncer. Les forces de l’ordre décident alors de placer Adil, Julien et Youssef en garde à vue. Les deux frères, qui ont déjà connu la prison, savent que les policiers manquent de preuves. Mais le dabiste, moins chevronné et décrit comme « faible et immature » par les experts, craque. Il avoue tout et assure avoir agi sous la contrainte des deux frères. « Ils me menaçaient depuis plusieurs mois », assure-t-il.

Adil, dans ses premières déclarations aux enquêteurs, assure au contraire qu’il a rencontré et monté ce braquage fantôme avec Julien lors d’une partie de poker. Car le dabiste aime le jeu. Il croule même sous les dettes depuis des années. Dans ses aveux, il lâche d’ailleurs aux enquêteurs qu’il a volé, tout seul cette fois, plus de 10000 € à son employeur en un an. « Je me suis servi. J’ai fait n’importe quoi. Je joue, je vais en boite », souffle-t-il. « Cela démontre assez peu de scrupules de votre part et met à mal votre crédibilité. La contrainte, c’est l’impossibilité de résister. Là, vous aviez des mois pour prévenir vos collègues, vos supérieurs ou la police », tacle la procureure. L’argent n’a jamais été retrouvé. « Ils m’ont donné que 500 € », certifie Julien. Tous trois sont aussi condamnés à rembourser solidairement 124202 € à l’entreprise lésée.