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Le cyber-squatter mis à l’amende

L'EST RÉPUBLICAIN

Un Américain a été condamné à Nancy pour avoir détourné à son profit des dizaines de noms de site de grandes marques.

De Minneapolis, la ville du chanteur Prince, jusqu’au tribunal de Nancy. C’est le parcours que vient d’effectuer, contraint et forcé, Paul Taylor, un Américain de 47 ans, fils d’industriel fortuné. Il lui aura fallu 10 ans pour faire ce long, très long voyage. L’affaire dans laquelle il est impliqué remonte, en effet, au mois d’octobre 2007. C’est à ce moment-là qu’une entreprise nancéienne de vente de cartes à jouer, Cartagogo, dénonce à la police l’existence d’un site pirate baptisé carteagogo.fr.

Il y a une seule lettre de différence avec l’intitulé de son site officiel. Il suffit donc d’une banale faute de frappe pour que l’internaute se retrouver sur le site pirate qui ouvre sur des liens publicitaires et engrange un peu d’argent à chaque clic.

Cela s’appelle du typo-squatting ou du cyber-squatting. Partie de la plainte de Cartagogo, l’enquête a permis de remonter, avec l’aide du FBI, jusqu’à l’Américain Paul Taylor. Ce dernier reconnaît sans faire d’histoire les faits. Il n’a pas ciblé que la société de cartes à jouer nancéienne. Il a enregistré le nom mal orthographié de dizaines de sites d’entreprises françaises. Cela va de la Redoute à France 3 en passant par les supermarchés Auchan ou la Banque Populaire.

Pour mettre toutes les chances de son côté, il a effectué des recherches pour savoir quelles étaient les fautes de frappes les plus fréquentes sur les noms de site les plus populaires. Mais aux yeux du quadra américain, cela n’a rien d’une arnaque. C’était juste « du business ». Et lorsqu’il a senti que c’était « risqué », il a tout arrêté.

Une première en France

Il n’a toutefois pas arrêté assez tôt. Puisqu’il a été condamné en janvier dernier à un an de prison ferme à Nancy. Il n’était pas là lors de ce procès. Il a découvert qu’il avait été jugé et condamné le 28 mars lors d’une escale à Paris au milieu d’un voyage vers les pays du Golfe. L’Américain a été interpellé à l’aéroport Charles-de-Gaulle et s’est retrouvé derrière les barreaux pour commencer à purger sa peine.

Il a toutefois pu sortir de prison au bout de 15 jours moyennant le paiement d’une caution de 40.000 €. C’est donc libre et avec le visage marqué de coups de soleil qu’il a comparu ce mardi. La présidente Stragier a tenté de cerner combien le cyber-squatting lui avait rapporté. « J’avais quelques milliers de noms de site et chacun rapportait en moyenne 2 dollars par mois », affirme le prévenu en anglais.

« Cela m’étonnerait car rien que l’enregistrement d’un nom de site coûte entre 12 et 15 €», conteste Me Cinelli, avocat d’Orange qui a été victime de 33 sites pirates et qui a réclamé 33.000 €. Me Michèle Schaeffer demande, elle, 5.000 € pour « Les pages jaunes », autre société cyber-squattée. Quant à la procureur adjointe Bluntzer, elle requiert 30.000 € d’amende.

« C’est la première affaire de typo-squatting en France et les moyens déployés ont été un peu disproportionnés », plaide Me Martine Bouccara, l’avocate de la défense, qui tente de faire baisser l’addition judiciaire. Jugement : 30.000 € d’amende et 1.000 € pour Orange et les Pages Jaunes.

Christophe GOBIN